Nous pourrions décrire un projet de société selon le shéma suivant :
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L’homme et ses valeurs
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Le pacte social : pourquoi vivre ensemble
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Le cadre de vie
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L’ambition individuelle
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L’ambition collective
Ce shéma pourra être significativement remis en cause par les réflexions amont
Vous pouvez là encore nourrir la structure ou le fond. Cette partie peut se constituer de façon intuitive avant l’aboutissement des phases amonts.
3 commentaires
J´aimerais rapidement vous faire part de mon expérience en tant que Français en Allemagne et en général avec le sens civique “réel”*.
Né dans les années 70 de « bonne famille », passé par un collège catholique privé en région parisienne, les rallyes parisiens, les vacances faciles en Corse je me qualifierai d´assez discipliné, mais, par le passé surtout, avec un sens civique réel* faible… A mon sens, de ce que je vois de mes jeunes conpatriotes, assez typique pour un Français bien né ,ou pas d ailleurs à la fin du siècle dernier.
Avant mon départ pour l Allemagne en 1996 (pour mes études) et encore quelques années après j´avais un regard condescendant sur ce pays et sur son peuple. Je les trouvais trop terre à terre, très matérialistes et marqués souvent d´un manque de fantaisie et de savoir vivre.
Aujourd hui je dirai que je respecte le peuple allemand au moins autant que les Français.
Je me suis demandé pourquoi ce changement. Est-ce parce que je me suis quelque part germanisé ? Est-ce la maturité ? Est-ce parce que les Allemands ont gagné sur ces 15 années en art de vivre ? Est-ce pour d´autres raisons comme la prise de conscience du bien de leur modèle et leur ambition collective? Sûrement pour toutes ces raisons à la fois. Ici biensure j aimerais développer un peu la dernière.
Hier soir avec des amis Français eux aussi avec des compagnes allemandes nous parlions d´éducation. Mon ami disait qu il se laissait d´orénavant manager par sa femme sur cet item car celle-ci était à son sens bien mieux préparée. D´après son expérience comme la mienne, les Français ont une approche différente des Allemands dans ce domaine. En particulier, chez la plupart d´eux, un enfant ne sera jamais tapé ou violement grondé. Autrement dit, les parents Allemands s´énervent beaucoup moins rapidement que ce que nous connaissons. En France, j ai souvent entendu dire que « ça ne marche souvent que comme cela » … Et bien non, la preuve en Allemagne. En Allemagne, les enfants reçoivent des instructions et les parents sont en principe très conséquents. En France, notre expérience est que les parents disent assez souvent quelque chose et après … font le contraire, ou presque…
Cela nous emmène sur le terrain de la discipline (discipline individuelle et collective). En Allemagne, celle-ci est plus importante qu´en France et que dans beaucoup d´autres pays; parfois, avant je voyais ce monde allemand de façon très négative « on dirait un pays de legos » je m´entends encore dire ; rigide, très « pratique et propre », tout est a sa place… Ce sont les Allemands qui ont inventé et surtout implanté systématiquement les cartables fluorescents pour les enfants… les casques pour faire du vélo, étendu en masse les trottoirs spécifiques pour les bicyclistes depuis déjà des dizaines d´années (ils s´arrètent d´aileurs tous au feu
, le triage des poubelles, etc
Je ne vais ici pas le faire mais on pourrait comparer le degré de discipline individuelle et collective entre ces deux pays sous beaucoup d´angles comme par exemple la circulation routière, les comportements des gens en général en société, faire la queue quelque part, respecter l´horaire des autres, la sélection dans le monde professionnel, bref le respect des lois et des règles en général …
En fait, aujourd hui, je trouve cela très bien comme c´est ici:
1/ le coté que je trouvais « légo » ne me dérange plus parce que je m´y suis habitué
2/ je trouve cet état des choses très rassurant, constructif et motivant ;
et quand je vais dans d autres pays, j´ai souvent l impression que ces pays sont en retard et quelque part à long terme en danger.
Bref, pour moi, un pays, un monde qui n´a pas assez de discipline et d´ambition collective forte (fort sens civique réel) aura sûrement des problèmes tôt ou tard.
Changer cette ambition, cette discipline collective, ce sens civique ?
Le problème bien sure est : comment des pays, par exemple, latins peuvent ils aller dans cette direction ? Comment peut on changer des hommes, des femmes qui sont effrayés par un monde « de légos » et pensent qu ils ne feront des efforts que si les autres commencent avant eux?
Souvent, certains des Français qui sont depuis peu à Munich** disent à propos de Munich que c´est à leur gout trop « clean » et trop riche … mais est ce normal d´avoir ce genre de souhait « il me faut plus de chaos, plus d´agression et de confrontation, plus de misère.. ».
Comment assurer la pérennité de notre monde au 21eme siècle, et donc changer radicalement et vite nos habitudes si il n y a pas une ambition collective et surtout une discipline collective très forte ? Est ce un enjeu du 21eme siècle?
* réel pour faire la différence avec les bonnes intentions, les théories ; en France on est champion pour les plans, les idées, les grandes théories mais dans la vie de tous les jours on ne suit pas vraiment; mes collègues allemands sont souvent choqués par l´aptitude des Français dans ce domaine…
** En fait, quelque part en tant que Français, je comprends bien ce qu ils ressentent mais bon, dommage à mon sens qu´on soit gêné par le coté « légoland » qui est surtout l´expression d´une grande force collective. C´est intéressant d´ailleurs d´observer chez les nouveaux arrivants étrangers que souvent ca ne dure que quelque mois jusqu au moment ou ces meme Francais, Italiens, Espagnols, Américains, Arabes ou autres se sentent finalement trés bien en Allemagne (en tous cas à Munich). Et souvent reviennent finalement comme raisons la qualité de vie au sens que contrairement à beaucoup d´autres pays et villes, les transports en commun, les rues sont propres et sures, il y a peu d´agressivité ambiante, tout est organisé, à disposition quand on en a besoin etc
La démocratie et le capitalisme ne doivent plus être remis en cause comme idéal de gouvernance des peuples. En revanche, ils doivent absolument évoluer sur leurs missions et leurs gouvernances pour mieux répondre aux attentes des citoyens et des nouveaux enjeux du développement durable.
Nous devons, ainsi, souhaiter un capitalisme et une démocratie « plus intelligente » qui intègre une responsabilité économique, sociale et environnementale plus forte et orientée sur des objectifs à long terme.
Cette « intelligence » ne s’acquerra pas contrainte et forcée par nos gouvernements, mais par une évolution progressive des mentalités à l’échelle nationale, européenne et mondiale. L’action gouvernementale bien qu’indispensable a souvent été dénudée de sens universel et reste très locale au regard des enjeux de la mondialisation.
Aujourd’hui, l’entreprise est le meilleur vecteur pour universaliser ces nouveaux enjeux et faire évoluer les mentalités, d’où l’importance d’un capitaliste reconnu, accepté et efficient. En effet, l’entreprise est mondialisée, multiculturelle et dans beaucoup de cas plus puissante que de nombreux gouvernements. Elle finance les élus, contrôle la législation à travers les lobbyings, possède les médias et influe sur les citoyens devenus employés et consommateurs.
Ceux qui dirigent et possèdent l’entreprise doivent donc être convaincus et motivés à ce que le profit ne soit plus l’objectif unique, mais que la mission de l’entreprise intègre aussi des objectifs sociaux et environnementaux de façon à viser un développement durable sur le long terme. Le développement durable demande ainsi de concilier l’objectif de prospérité économique avec la viabilité écologique et la justice sociale. Il s’agit donc d’un nouveau capitalisme puisque dorénavant, l’entreprise devra travailler pour les générations futures et non plus à très court terme. Fort heureusement, le capitalisme change de forme et mute à travers les grandes crises. La crise actuelle du « subprime » (touchant principalement les opérations à forts effets de levier et la titrisation) sanctionne très clairement un capitalisme à court terme orienté sur un objectif de maximisation du profit dans l’année (ou tout au plus à quelques années). Cette crise est ainsi une occasion inespérée pour le capitalisme de reconsidérer ses missions à plus long terme.
Les opportunités sont à la hauteur des contraintes et il ne faut pas penser que cette évolution soit coûteuse pour l’entreprise car en réalité elle est déjà « motivée » à une telle évolution et les mentalités ont beaucoup évolué ces dernières années. Dorénavant, l’intérêt d’une politique d’entreprise favorisant le développement durable présente de réels avantages concurrentiels. Les exemples sont nombreux :
- Stimulation de la création et de la compétitivité.
- Eco-efficacité et éco-participation permettent de réaliser des économies.
- Les entreprises y trouvent des thèmes de communication interne et externe et de valorisation de leur marque.
- L’investissement socialement responsable (ISR) est issu de cette évolution capitalistique. En plus des critères habituels, les investisseurs ISR prennent en compte des critères extra-financiers dans leurs décisions d’investissement (gouvernance, social et protection de l’environnement). Le marché ISR mondial (+ de 2000 milliards €) et français (22 milliards €) est en forte progression. Depuis quelques mois, il s’oriente aussi vers les PME.
- Les ratings éthiques à l’identique des ratings financiers sont de plus en plus souhaités et analysés par les investisseurs.
- Création d’une multitude de fonds, hedge fund, courtiers financiers qui rétribuent une partie de leur bénéfice statutairement à des ONG.
- Développement d’indices boursiers « socialement responsable » et de reportings/normes sur la performance du développement durable au sein de l’entreprise.
- L’acte de consommation a évolué : 70% des européens considèrent que l’engagement d’une entreprise dans une politique de responsabilité sociale et environnementale est désormais un critère très important lors de l’achat d’un bien ou d’un service. Près de la moitié sont prêts à payer plus cher !
L’action gouvernementale peut encourager (juridiquement & fiscalement) cette évolution capitalistique favorable, mais nous devons aussi attendre de la part de notre gouvernement qu’il contribue à favoriser une démocratie plus intelligente car le capitalisme et la démocratie sont étroitement liés ayant très certainement les mêmes maux et mêmes remèdes : en effet, les citoyens doivent aussi prendre conscience des enjeux économiques, sociaux et environnementaux pour un développement durable. Le gouvernement devra renforcer l’information transparente et honnête sur tous ces enjeux tout au long de la vie du citoyen (et ceci dès la petite enfance à l’école) pour s’assurer qu’il puisse faire ses choix en toute connaissance de cause. De nombreuses actions sont envisageables et existent déjà dans de nombreux pays pour aller dans ce sens. La démocratie gagnera alors en efficacité, car elle sera plus intelligente et pourra à son tour muter vers plus de responsabilité pour les citoyens devenus capables (et avec discernement) de définir et choisir un programme politique et d’en contrôler l’application.
Le commentaire de Raphaël résonne pour moi avec la téorie de Mohamed Yunus (prix Nobel de la paix, fondateur de la Grameen bank et du principe de micro-crédit pour les pauvres).
Yunus décrit qu’au delà du principe du micro-crédit, il concoit un système capitalisme paralèlle et complémentaire au système actuel (basé exclusivement sur le profit). Ce nouveau système rassemblerait des capitaux, une bourse, des entreprises et ces entreprises auraient comme objectif exclusif de produire des bénéfices sociaux pour les plus démunis.
Il a ainsi monté par exemple une JV avec Danone (Grameen-Danone) de fabrication et de distribution de yahourts pour les pauvres au Bengladesh. Le choix des fournisseurs laitiers locaux, le format des usines, les équipes de distributions, le choix des qualité nutritives et bien sur le positionnement prix : tout a été fait pour l’entreprise soit viable et maximise les bénéfices sociaux pour les pauvres. Cette société ne distribue pas de dividendes.
Yunus rejoint Raphaël car il pense que la force des entreprises est aujourd’hui la seule qui peut changer le monde
En revanche, il ne croit pas à large échelle à des entreprises mixtes qui rechercheraient à la fois le profit et les bénéfices sociaux. Il pense que les systèmes doivent être paralèlles. Il préconise d’utiliser une partie des capitaux données aux fondations pour créer ce sytème capitaliste de “social-business”
A lire absolument : Pour un nouveau Capitalisme de Mohamed Yunus