Avec la bienheureuse disparition du communisme, le capitalisme démocratique est devenu l’enveloppe standard des sociétés occidentales. L’axe traditionnelle gauche-droite ne représente plus une alternative de sociétés mais un mode opératoire.

 

Dans cette nouvelle donne, on peut être frappé par le rapprochement des deux actes de foi prépondérants de nos sociétés:

-          la foi en la voix du peuple comme garante des libertés individuelles et porteuse d’une sagesse immanente : la  démocratie et à l’extrême la démocratie directe

-          la foi en la voix du marché comme garant des intérêts individuels intrinsèquement compatibles avec l’intérêt collectif : le capitalisme et à l’extrême le libéralisme

On pourrait même adapter la phrase de Churchill : « Le capitalisme est le plus mauvais système économique, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimenté dans l’histoire »

 

La question ici n’est pas de challenger les alternatives des ces modèles mais de regarder comment ils évoluent

 

Jusqu’à maintenant, capitalisme et démocratie procédaient du même mouvement de progrès contre pouvoir central et avantages acquis. Aujourd’hui, pour la première fois, ces deux notions se télescopent

 

En effet, avec l’accélération de la communication, le capitalisme est devenu global et instantané par sa nature même :

-          il a très peu de composante culturelle

-          sa vocation est la recherche d’optimisation, il est donc par définition mobile

 

En regard, les système politiques sont rattachés aux nations, sont par essence culturels :

-          leur objet est circonscrit à un territoire ou une communauté

-          leurs enjeux est leur périmètre et leur compétitions avec les autres nations

 

En synthèse, nous avons subi quasi instantanément la mutation suivante :

-          Nous vivions dans un monde où communauté = peuple = territoire = nation, gouverné par un système politique qui évoluait vers plus de démocratie, et dont une des composante était le modèle économique, lui-même évoluant vers plus de libéralisme

-          Nous vivons dans un monde où communauté ≠ peuple ≠ territoire ≠ nation, gouverné politiquement par un enchâssement de système politiques (du local au mondial), le tout plongé dans un système économique mondial et autonome (et donc libéral par définition)

 

Dans un pays comme la France, le gouvernement est ainsi majoritairement impuissant à impacter l’environnement des citoyens, confronté à une multiple compétition nouvelle:

-          les systèmes politiques amont (Europe, ONU, OTAN,…)

-          les systèmes politiques avals (Région, Département,..)

-          les mouvements politiques autonomes (communautaires, altermondialistes,…)

-          le système économique autonome (les multinationales plus puissantes que les états

Dans ce contexte, les promesses sur le pouvoir d’achat ont peu de chance de pouvoir être tenues !

 

Quelle vision parmi ces trois options  :

  1. nous atteignons les limites des mains invisibles : l’intérêt individuel n’est plus le reflet de l’intérêt collectif, la voix du plus grand nombre n’est plus la garante des libertés individuelles. Il faut recristalliser la notion de nation et règlementer pour contraindre le libéralisme
  2. capitalisme et démocratie sont toujours compatibles mais ne se sont pas adapté à la même vitesse. Le problème actuel est dans le retard du système politique sur le système économique. Ce n’est donc qu’un effet transitoire. Il faut donc accélérer l’Europe et les organismes mondiaux. Nous guérirons de la mondialisation incomplète par une mondialisation globale : politique et économique
  3. la démocratie doit être prépondérante : le vote du citoyen doit déterminer la plus grande part de son environnement. Même si elle doit se reconstruire sur des périmètres nouveaux, le politique doit primer. En conséquence, le capitalisme doit être contraint et régulé

 

Je vous laisse choisir (ou réfuter)

 

Ciao, Axel

 

Merci de commenter, réfuter ou completer cet embryon de réflexion : est ce vraiment un enjeu majeur ? comment le décrire ? quelle solutions visibles ? quel riques inhérents ?…

4 commentaires 

    • bruno alomar
    • Posté mai 29, 2008 à 10:05
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    Quelques réflexions :

    1- il est vrai que nous assistons à une série d’évolutions dans le champ politique me semblent être : (i) la rapidité du passage du niveau micro au niveau macro (médiatisation , développement des TIC et des transports aidant), (ii) le développement d’une forme de pouvoir de plus en plus en réseau, (iii) l’écrasement du niveau qui – et c’est une partie du problème – est culturellement le plus fort, à savoir l’Etat Nation

    2- dans ce contexte, il est fondamental (i)à la fois de comprendre les interactions entre ces différents niveaux, (ii) d’être capable d’identifier comment le cas échéant instaurer des pare-feux entre les niveaux

    3- ceci pose une question essentielle quant à la sélection de ceux et celles capables d’exercer avec succès des responsabilités politiques dans ce monde.

    4- la question de l’articulation du système politique et du système économique est fondamentale selon moi. Une seule réflexion à ce stade : soit l’on considère que la démocratie, comme le capitalisme, ne sont qu’un moment de l’histoire, ou à tout le moins de l’histoire des structures comme dirait braudel, et dans ce cas nous pouvons nous en désintéresser ; soit on considère, sans forcément croire avec fukuyama à une sorte de fin de l’histoire, que la démocratie est pour des raisons morales et pratiques (les démocraties ne se font pas la guerre), l’horizon indépassable de notre temps. Ces réflexions ne sont pas théoriques : notre meilleur rempart fasse à la Chine – rappelons le une dictature assez ferme – c’est la démocratie. Le moins que l’on puisse dire c’est que le message est parfois brouillé.

    5 – sur le clivage droite/gauche. Je crois qu’il est très tentant d’adopter la posture consistant à dire “c’est un truc de nazes, soit les sujets sont très complexes…et c’est réducteur, soit ils font l’objet d’un consensus qui doit être transpartisan, et alors il est mortifère”. C’est une erreur profonde à mon sens, quant à ce que doit être l’exercice du pouvoir sur un territoire. L’essence du gouvernement démocratique, c’est la capacité à agir…et à voir son action soit reconduite, soit éconduite. En d’autres termes, il y a un lien direct, contrairement à ce qu’on pourrait penser, entre l’absence de bipartisme -et donc d’un clivage droite gauche assumé – et la survivance dans des pays comme le nôtre de partis aussi extrêmes.

    6 – que le capitalisme doive être régulé (comme la démocratie l’est pas l’état de droit par exemple), c’est une évidence. Toute la question qu’on refuse de se poser c’est par qui et comment. En d’autre termes, derrière la régulation il peut y avoir l’approche extrêmement intelligente de fonctionnaires triés sur le volet ou de personnes talentueuses du privé venues travailler pour la chose publique…ou des idiots qui depuis un bureau d’un ministère prétendent déterminer le prix du bifteck.

    7- une reflexion plus générale : au delà des thématiques “globalisation des problèmes, globalisation des solutions” (et je ne crois pas au gouvernement mondial… l’onu le prouve tous les jours), thématique à laquelle on pourrait rétorquer “centralisateurs bureaucratiques odieux”, il y a, et c’est lié à l’idée du pouvoir en réseau, à ce poser en permanence cette question politique : qui doit faire quoi à quel niveau (local, regional, national, européen, mondial). Cela semble une banalité de le dire, mais mon expérience de l’Etat français et de l’Europe m’incite à penser qu’en terme d’ingéniérie démocratique et d’efficacité économique, on ne se pose que très insuffisamment la question

    8- les promesses sur le pouvoir d’achat sont à la hauteur, si l’on peut dire, de l’incomprehension abyssale de l’économie par nos gouvernants

    9- je crains, compte tenu de mon expérience aujourd’hui dans les institutions européennes, qu’il n’y a pas grand chose à attendre de ce niveau là dans les quelques années à venir

    une derrière réflexion en passant, sur le lien démocratie/économique capitalisme, que je trouve intéressante de lecg valesa “le système capitaliste doit être suffisamment juste pour qu’une majorité de personnes ait intéret à son maintien”

    • Bruno Alomar
    • Posté mai 30, 2008 à 7:51
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    je suis d’accord pour dire que le risque de dilution existe

    en fait, le risque c’est plutôt que l’on perde de vue que le développement du pouvoir en réseau d’une part, de lieux de pouvoir et de liberté hors du champ politique traditionnel, cela peut s’avérer extrêmement dangereux si ce n’est pas pensé…et si au final, il ne reste pas une colonne vertébrale démocratique dans nos sociétés pour satisfaire à ce qui fait notre nature profonde, c’est à dire notre sociabilité, et donc notre rapport au pouvoir…

    • Amaury de Villers
    • Posté juin 2, 2008 à 8:28
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    L’entrée dans un espace commun et étriqué, avec toutes les diversités culturelles persistantes, mettra fin à l’utopie de l’extension mondiale de la démocratie. Nous avons toutes les chances de voir le retour du collectif et le dépassement prochain de la conception individualiste et libérale des droits de l’homme. Il faut reconnaître que les premiers des droits de l’individu seront collectifs, et qu’ils portent sur le droit à un milieu vivable

    • nelf
    • Posté juin 16, 2008 à 3:22
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    Question de la semaine du 9 juin
    L’engagement civique sous toute ses formes semble avoir remplacé l’engagement politique de l’après guerre. Y a-t-il encore un sens à l’engagement politique aujourd’hui et, si oui, à quel niveau ?

    Laurent Billion :
    Merci Axel de commencer par une question à choix multiples(qu’entends tu par sens : direction, perception, compréhension, raison, interprétation, …).
    Dans son acception la plus globale, le choix du système qui nous gouverne, la démocratie parlementaire fait pratiquement l’unanimité.
    La démocratie devenue, à la limite du lieu commun, le meilleur des systèmes (par défaut pour les plus conservateurs, par adhésion pour les plus progressistes, et par raison, résignation ou choix d’efficacité par les autres), l’engagement politique global sur la nature du système politique se concentre plus aujourd’hui sur sa défense face aux quelques extrêmes qui le rejettent ou sa compréhension (comment l’amender, faut-il inclure des critères de sur ou sous représentativité…) que sur son choix. Les dernières passions révolutionnaires ne renient même pas la démocratie, elles la jugent simplement non représentative.
    Partant de là, l’implication dans un système reconnu et accepté me semble une condition absolue de sa survie intègre. Dans un système ou chacun, sous la simple condition de s’organiser et d’y passer un peu de temps, à les moyens de se faire entendre sur ce qui le concerne, d’agir concrètement plus que cela n’a jamais été le cas, le fait qu’il y ait un sens à l’engagement politique est une évidence.
    Je vois le souci ailleurs : pourquoi n’en avons-nous pas l’envie ?

    Axel Dauchez
    Cher Laurent,
    pour ma part, je voyais dans la profusion d’engagement “civique” une faillite de l’engagement “politique” tel qu’il était après 45.
    Cela peut être du aux limites inhérentes des systèmes politiques actuels : les compromissions nécessaires à l’engagement partisan ne valent plus la chandelle.
    Cela n’est il pas aussi du à notre individualisme : notre engagement est plus motivé par notre épanouissement indviduel que par ses effets ?
    Dans les deux cas, il faut redéfinir le PERIMETRE politique pour que les énergies citoyennes embrassent la société tout entière


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