Quel sujet effrayant !
Dans l’ignorance et l’inconscience, deux postures extrêmes:
- Le refus systématique : Bloquons tout, refusons tout ; chaque année gagnée est déjà cela et en plus l’occasion d’en mieux comprendre les effets. Posture justifiée par soit un super-principe de précaution soit par une position dogmatique religieuse.
- La foi dans le progrès et dans l’homme : nous saurons trier le bon grain et en prendre la meilleure part
Je me garde bien d’être tranché à ce stade. En revanche, on peut un peu défricher le terrain.
Tout d’abord, il y a ingénierie génétique humaine et non-humaine. Je rêve d’avoir une contribution sur la non-humaine (OGM en particulier) auxquels je ne comprends rien. Ce qui suit s’attache à l’ingénierie génétique humaine.
Le champ de l’ingénierie génétique est extrêmement vaste, tant en terme de complexité (de low-tech à high-tech), qu’en terme d’horizon (de immédiat à dans 50 ans), qu’en terme de justification (pour soigner les malades, pour améliorer la vie des non malades,…). On peut grossièrement distinguer trois groupes :
Les « vivre mieux » :
- En low tech, on trouve tous les psychotropes qui pourraient devenir assez rapidement (10-20 ans) des pilules d’humeur quotidienne : la pilule pour être drôle en société, la pilule pour être concentré au travail, la pilule pour être zen en vacances,…L’humeur est un choix assisté et non la résultante d’une dynamique individuelle.
- En high-tech, on trouve toute la bionique de Steve Austin : intégration d’élément non humain dans le corps pour améliorer notre « efficacité » (communication, force, résistance,…). Elles sont déjà à l’état de prototype
Les « vivre plus » :
- En middle-tech, il y a les traitements génétiques des pathologies génétiques existantes
- En high-tech, il y a les fameux organes de rechange cultivés à partir des cellules souches (20 ans)
La « nouvelle Reproduction » : il faut ici rassembler la zone particulière de la reproduction humaine qui est à cheval (suivant la posture morale du lecteur) entre le vivre mieux et plus du naissant, et le vivre mieux du naisseur.
- En low-tech, il y a la sélection embryonnaire et l’optimisation par choix du capital génétique du naissant (déjà en cours)
- En high-tech, il y a la programmation génétique du naissant. Par manipulation, le parent le dote de fonctionnalités génétiques qui lui procureront théoriquement plus de vie ou une vie meilleure. Le naissant pourra même activer ou désactiver ces fonctionnalités à sa majorité par un traitement génétique donné. Il y a aussi le clonage maîtrisé. Horizon 50 ans.
Il me semble que les deux première catégories ne sont qu’une évolution de mesure de notre médecine actuelle (et non un changement de nature). On y retrouve les peurs et les espoirs de tous les progrès de la médecine :
- Le remède n’est il pas pire que le mal ? Est-on sur de maîtriser la technologie ? Cela ne va-t-il pas créer une injustice dans l’accès à ces technologies ?
- Ce « vivre mieux » et ce « vivre plus » théorique est-il vraiment un progrès et permet-il de réussir sa vie ou d’accéder au bonheur ?
Ces débats sont passionnants mais ne créé pas un risque majeur et inédit au XXI° siècle
En revanche, la dernière catégorie sur la reproduction est l’équivalent d’une révolution copernicienne :
- Notre humanité est inconsciemment fondée sur le principe de loterie génétique qui distribue aléatoirement les bonnes et les mauvaises nouvelles. L’héritage génétique redistributeur offre un contrepoids bienheureux à la l’héritage social peu redistributeur, et apparaît comme un ciment nécessaire du pacte social. Le XX° siècle, comme tant d’autres, nous a démontré les effets en cascade cataclysmique de la surpondération de l’héritage génétique (le peuple des persécuteurs croit reproduire ses qualités, et considère que les persécutés reproduisent leurs vices). La capacité technologique de s’affranchir de cette loterie structure dans les esprits et dans les faits l’existence de lignées chanceuses. Le débat dialectique passé sur l’existence ou non de races humaines différentes va paraître bien ridicule.
- Notre humanité est confrontée depuis sa naissance à la mort et a développé des milliards de principes (pas toujours compatibles entre eux) sur le rapport de la vie à la mort, et conséquemment que l’acceptabilité d’un remède. En revanche, cela ne fait que 40 ans que nous somme confrontés à la question du rapport entre un projet parental et la vie et la mort de sa résultante. Ce débat est apparu avec l’IVG, avec la FIV et avec les dépistages in vitro. Nous sommes donc dans un no man’s land moral où se télescopent des forces aussi énormes qu’hétérogènes : la religion et le rêves des parents.
- Notre humanité a toujours eu une conscience naturelle et fondée de l’unicité et de l’intégrité de ce qu’on appelle la Nature Humaine. L’Homme défini clairement un ensemble disjoint du reste du monde. Certes, il y a eu par le passé quelques mise en cause de ce principe par exemple lorsque Cro-Magnon et Neandertal coexistaient en Europe, lorsqu’on se posait la question de l’âme des sauvages à la controverse de Valladolid, ou lorsqu’on doit définir le statut juridique de l’embryon. Aujourd’hui, entre sélection embryonnaire, organes de rechange, sous-hommes reproduits, sur-hommes reproduits, hommes bioniques : qui peut définir de façon unanime et durable ce qu’est la Nature Humaine.
La plupart des technologies sont disponibles. Notre histoire récente peut peut-être nous permettre d’éviter l’émergence d’un nouvel eugénisme d’Etat. Mais quelle force peut permettre à une future femme enceinte de refuser de choisir l’embryon qui a le plus de chance de vivre longtemps (en Belgique, on choisi le sexe de son enfant ; il existe des banques de spermes spécialisé en semences de génies,…). Aucune structure morale n’est en place.
L’ingénierie génétique est donc bien un des enjeux majeurs du XXI° siècle
Pour en savoir plus, lire La fin de l’homme (our post-human future) de Francis Fukuyama, et voir Bienvenue à Gataka avec Uma Thurman et Jude Law
Merci de commenter, réfuter ou completer cet embryon de réflexion : est ce vraiment un enjeu majeur ? comment le décrire ? quelle solutions visibles ? quel riques inhérents ?…